Apprendre dans l'ombre
🕶️ Et si apprendre supposait aussi le droit de ne pas être entièrement visible ?
Un étudiant ouvre un document. Il écrit trois lignes, les efface, recommence, hésite, consulte une ressource, abandonne vingt minutes puis revient.
Pour lui, ce sont les détours ordinaires d’un apprentissage.
Pour une plateforme numérique, ce sont potentiellement des données.
Présence, clics, temps passé, connexions, interactions, progression : nous savons désormais produire une représentation toujours plus précise de l’activité d’un apprenant.
Mais activité observable et apprentissage ne se confondent pas.
Une analyse publiée en 2026 par Badiuzzaman et Rahman examine les fonctions de Moodle, Canvas et Blackboard. Elle montre que les dispositifs ordinaires de suivi peuvent créer plusieurs des risques simultanés de surveillance, d'agrégation, d'usages secondaires des données, de profilage ou d'influence sur les décisions.
La question devient pédagogique autant qu’#éthique.
Avons-nous besoin de tout savoir pour accompagner quelqu’un ?
Il faut parfois pouvoir chercher sans laisser de trace, se tromper sans être profilé, changer d’avis sans que l’ancienne version de soi demeure inscrite dans un tableau de bord.
Édouard Glissant revendiquait un « droit à l’opacité » dans la relation à l’autre.
Peut-être faut-il aujourd’hui inventer son équivalent pédagogique.
Dans des plateformes en ligne pour la formation des personnes en situation d'illettrisme, l'absence de l'oeil d'un tiers place l'erreur Ă l'abri du jugement.
Une formation émancipatrice doit-elle tout rendre visible de celui qui apprend ?
Réf. : Badiuzzaman & Rahman (2026), Frontiers in Education, 11, 1871384.
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